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La première chose qu’un spectateur peut remarquer chez un footballeur, qu’il soit dans les tribunes ou devant son écran de télévision, c’est son physique. La taille, la carrure, la largeur des épaules, la longueur des jambes et la puissance globale sont visibles presque immédiatement, et elles donnent déjà une idée de la façon dont un joueur pourra utiliser son corps sur le terrain. Le profil physique est également un élément important de l’évaluation des joueurs dans le football moderne.
Ce qui est beaucoup plus difficile à percevoir, c’est le volume de course exigeant que ce joueur est capable d’effectuer au cours d’un match. Un joueur peut être rapide, puissant ou explosif, mais ces qualités à elles seules ne nous indiquent pas à quelle fréquence il peut utiliser sa vitesse, quelle distance il parcourt à des vitesses élevées, ni avec quelle régularité il peut répéter cet effort pendant 90 minutes.
La vitesse à laquelle un joueur peut courir a son importance. Mais il y a une différence entre être capable d’atteindre une vitesse élevée et être capable de le faire de manière répétée tout au long d’un match. Ce dernier aspect nous en dit davantage sur l’intensité : non seulement le plafond physique du joueur, mais aussi la régularité avec laquelle il peut utiliser sa vitesse dans le cadre de sa charge de travail globale.
Cela pose un problème assez simple. La distance totale ne nous indique pas à quelle vitesse ces kilomètres ont été parcourus, tandis que la vitesse maximale ne nous indique pas à quelle fréquence un joueur a couru à une vitesse proche de celle-ci. Ainsi, si nous voulons comparer l’intensité réelle des charges de travail de différents joueurs, nous devons d’abord trouver un moyen de mesurer ces deux aspects ensemble.
Comment mesurer l’intensité
Cette distinction explique également pourquoi la vitesse de pointe constitue un point de départ utile. Elle ne mesure pas l’intensité en soi, mais elle indique la limite supérieure de ce qu’un joueur est physiquement capable de produire. Une vitesse supplémentaire peut aider un joueur à atteindre le ballon en premier, à se replacer après avoir été pris à contre-pied ou à couvrir un espace pour un coéquipier. La question est de savoir à quelle fréquence il peut transformer cette capacité en effort réel au cours d’un match.
C’est pourquoi nous avons commencé par les joueurs les plus rapides de chaque groupe de postes lors de la Ligue des champions 2025/26. Nous avons sélectionné les 20 joueurs ayant enregistré les vitesses de pointe les plus élevées dans chacun des cinq grands groupes de postes, puis exclu ceux dont le temps de jeu dans le tournoi était trop limité pour permettre une comparaison fiable sur 90 minutes.
Pour chacun des joueurs restants, nous avons ensuite examiné la répartition de sa distance totale parcourue sur cinq plages de vitesse. Cela nous donne plus qu’un simple chiffre de distance : cela montre quelle part de cette charge de travail a été accumulée à des vitesses faibles, modérées et élevées.
Les données sources divisent la distance parcourue par chaque joueur en cinq tranches : 0–7 km/h, 7–15 km/h, 15–20 km/h, 20–25 km/h et 25+ km/h. Pour rendre ces profils comparables, la première étape consiste à convertir la part de chaque zone en kilomètres réels.
Pour chaque zone, le calcul est simple :
Distance par zone = distance totale × part de la zone
Nous attribuons ensuite un poids progressivement plus élevé à chaque plage de vitesse. Plus la course est rapide, plus elle contribue au score final :
| Zone de vitesse | Pondération |
|---|---|
| 0–7 km/h | ×1,0 |
| 7–15 km/h | ×1,5 |
| 15–20 km/h | ×2,0 |
| 20–25 km/h | ×2,5 |
| 25+ km/h | ×3,0 |
Les coefficients augmentent par paliers égaux de 0,5. Cela permet de maintenir la contribution de chaque zone de vitesse proportionnelle : la course plus rapide est davantage valorisée, tandis que les parties à vitesse réduite de la charge de travail d’un joueur continuent de faire partie du calcul.

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Tout d’abord, nous calculons la distance pondérée :
Distance pondérée = somme des distances de chaque zone × son coefficient de pondération
Ensuite, nous l’ajustons en fonction du temps de jeu :
Indice d’intensité = distance pondérée ÷ (minutes jouées ÷ 90)
Cela donne à chaque joueur un chiffre unique par 90 minutes qui reflète à la fois la distance qu’il parcourt et la part de cet effort effectuée à des vitesses plus élevées.
L’échantillon
L’échantillon initial comprend 100 joueurs : les 20 plus rapides selon leur vitesse maximale enregistrée dans chacun des cinq grands groupes de postes.
Afin de réduire l’impact des petits échantillons sur les chiffres par 90, les joueurs ayant disputé moins de 450 minutes de tournoi ont été exclus. Il reste donc 72 joueurs dans le classement final.
Pour chacun d’entre eux, l’analyse combine le temps de jeu, la distance totale parcourue et la répartition de cette distance entre les cinq zones de vitesse décrites ci-dessus.
Les joueurs les plus intenses de l’échantillon
En appliquant ce calcul aux 72 joueurs éligibles, on obtient le top 10 général suivant :

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Håkon Evjen est en tête du classement avec un indice de 20,73. Il affiche également la distance par 90 la plus élevée de l’échantillon éligible, soit 12,95 km, ce qui en fait un exemple pertinent pour illustrer le fonctionnement du calcul dans la pratique.
Comment le 20,73 de Håkon Evjen est-il calculé ?
Evjen a parcouru 148,2 km en 1 030 minutes. Sa distance totale se répartit comme suit entre les cinq zones de vitesse :
| Zone de vitesse | Distance | Pondération | Distance pondérée |
|---|---|---|---|
| 0–7 km/h | 34,09 km | × 1,0 | 34,09 |
| 7–15 km/h | 68,47 km | ×1,5 | 102,71 |
| 15–20 km/h | 30,38 km | ×2,0 | 60,76 |
| 20–25 km/h | 12,15 km | ×2,5 | 30,38 |
| 25+ km/h | 3,11 km | ×3,0 | 9,34 |
La distance pondérée est de 237,27.
Evjen a joué 1 030 minutes. Pour convertir le total pondéré en un taux par 90, on le divise par 1 030 ÷ 90 = 11,44.
237,27 ÷ 11,44 = 20,73
Evjen obtient ainsi un indice d’intensité de 20,73, le chiffre le plus élevé de l’échantillon pris en compte. Le même calcul est appliqué à chaque joueur du classement.
Comparaison entre joueurs occupant le même poste
João Simões et Felix Nmecha sont tous deux classés comme milieux de terrain centraux. Nmecha a parcouru une plus grande distance totale au cours du tournoi : 97,7 km contre 91,0 km pour Simões.
La différence apparaît plus clairement lorsque cette distance est répartie entre les cinq zones de vitesse :
| Zone de vitesse | João Simões | Felix Nmecha |
|---|---|---|
| 0–7 km/h | 21,93 km | 26,28 km |
| 7–15 km/h | 42,13 km | 44,65 km |
| 15–20 km/h | 17,20 km | 18,17 km |
| 20–25 km/h | 7,10 km | 6,45 km |
| 25+ km/h | 2,64 km | 2,15 km |
Nmecha a parcouru une plus grande distance dans chacune des trois zones de vitesse inférieures. Simões a couvert une plus grande distance dans les deux zones au-dessus de 20 km/h : 9,74 km au total, contre 8,60 km pour Nmecha.
Après avoir appliqué la pondération en cinq zones et converti le résultat en taux par 90 minutes, Simões affiche un indice d’intensité de 19,95, tandis que Nmecha obtient un score de 18,19.

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Les joueurs les plus intenses par poste
Attaquants centraux
| POS | Joueur | Dist./90 | Indice | Classement général |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Hugo Ekitike | 11,33 | 17,52 | 17 |
| 2 | Nicolò Tresoldi | 11,30 | 17,33 | 21 |
| 3 | Alexander Sörloth | 11,23 | 17,04 | 26 |
| 4 | Christian Kofane | 11,01 | 16,95 | 28 |
| 5 | Viktor Gyökeres | 11,07 | 16,84 | 30 |
Hugo Ekitike affiche à la fois l’indice d’intensité le plus élevé parmi les avant-centres et la plus grande distance parcourue par 90 minutes dans ce groupe. Viktor Gyökeres présente un profil différent : il occupe la deuxième place pour la distance parcourue à plus de 25 km/h par 90 minutes, tout en ayant accumulé une distance totale supérieure à celle de tous les autres avant-centres qualifiés sur l’ensemble du tournoi. Les cinq premiers restent très proches les uns des autres, avec moins d’un point d’indice séparant le premier du cinquième.
Ailiers
| POS | Joueur | Position | Dist./90 | Indice | Classement général |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Jens Petter Hauge | Ailier gauche | 11,90 | 18,42 | 9 |
| 2 | Giuliano Simeone | Ailier droit | 11,56 | 17,88 | 14 |
| 3 | Michael Olise | Ailier droit | 11,39 | 17,60 | 16 |
| 4 | Wilson Odobert | Ailier gauche | 11,16 | 17,49 | 18 |
| 5 | Anthony Elanga | Ailier droit | 10,88 | 17,06 | 25 |
Jens Petter Hauge affiche la plus grande distance parcourue par 90 minutes parmi les ailiers qualifiés, bien qu’il se classe 14e sur 15 pour la part de distance parcourue à plus de 20 km/h et dernier pour la distance parcourue à plus de 25 km/h par 90 minutes. Anthony Elanga, quant à lui, affiche la plus grande distance parcourue à plus de 20 et 25 km/h par 90 minutes du groupe, ce qui lui confère le meilleur profil de vitesse parmi les cinq premiers.
Milieux de terrain centraux
| POS | Joueur | Dist./90 | Indice | Classement général |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Håkon Evjen | 12,95 | 20,73 | 1 |
| 2 | João Simões | 12,50 | 19,95 | 2 |
| 3 | Maximilian Beier | 12,11 | 19,32 | 4 |
| 4 | Archie Gray | 12,16 | 19,23 | 5 |
| 5 | Ederson dos Santos | 11,92 | 18,65 | 6 |
Quatre des cinq milieux de terrain centraux les mieux classés figurent également parmi les cinq premiers du classement général. Håkon Evjen arrive en tête de l’ensemble de l’échantillon pris en compte avec 12,95 km par 90 minutes et un indice d’intensité de 20,73, tandis que Maximilian Beier se distingue pour une autre raison : il affiche la plus grande distance parcourue à plus de 20 et 25 km/h par 90 minutes parmi les milieux de terrain. João Simões se situe entre les deux dans le classement par poste, avec un indice de 19,95.
Les milieux défensifs sont inclus dans le même groupe de postes, bien qu’ils apparaissent plus bas dans le classement. Sandro Tonali est le milieu défensif le mieux classé (8e) au sein du groupe combiné des milieux de terrain, suivi de Vitinha (11e) et de Marten de Roon (12e). Beier, qui évoluait généralement en tant que joueur intérieur derrière l’attaquant aux côtés de Karim Adeyemi, principalement depuis l’espace intermédiaire gauche, est également inclus parmi les milieux centraux pour cette analyse.
Arrières latéraux / ailiers
| POS | Joueur | Position | Dist./90 | Indice | Classement général |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Iván Fresneda | Arrière droit | 12,46 | 19,65 | 3 |
| 2 | Achraf Hakimi | Arrière droit | 11,04 | 17,40 | 19 |
| 3 | Nahuel Molina | Arrière droit | 11,37 | 17,40 | 20 |
| 4 | Nico O’Reilly | Arrière gauche | 11,24 | 17,30 | 22 |
| 5 | Raoul Bellanova | Arrière droit | 11 h 02 | 17,14 | 23 |
Iván Fresneda est le cas le plus marquant de ce classement. Bien qu’il affiche la vitesse de pointe la plus faible parmi les 13 arrières latéraux et ailiers latéraux éligibles (33,1 km/h), il occupe la première place en termes d’indice d’intensité, de distance parcourue par 90 minutes et de distance parcourue à plus de 20 km/h par 90 minutes. Son avance de 2,25 points sur le deuxième est également l’écart le plus important entre le premier et le deuxième parmi les cinq groupes de postes, tandis qu’Achraf Hakimi affiche la plus grande distance parcourue à plus de 25 km/h par 90 minutes.
Défenseurs centraux
| POS | Joueur | Dist./90 | Indice | Classement général |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Eric García | 10,75 | 16,29 | 34 |
| 2 | Nico Schlotterbeck | 10,46 | 15,59 | 47 |
| 3 | Manuel Akanji | 10,26 | 15,56 | 48 |
| 4 | Jarell Quansah | 10,36 | 15,52 | 49 |
| 5 | Lloyd Kelly | 10,30 | 15,43 | 51 |
La vitesse de pointe des défenseurs centraux est fortement influencée par le contexte tactique, notamment la hauteur de la ligne défensive et la fréquence à laquelle les défenseurs doivent effectuer des courses de récupération vers leur propre but. Plusieurs joueurs de l’échantillon, dont Abdukodir Khusanov, ont accumulé des minutes de jeu à plusieurs postes défensifs. Dans le cas de Khusanov, son temps de jeu au poste d’arrière droit explique son profil : il affiche en effet la vitesse de pointe la plus élevée parmi les défenseurs centraux éligibles (36,1 km/h) et la deuxième plus grande distance parcourue à plus de 20 km/h par 90 minutes, les arrières latéraux effectuant généralement davantage de travail à grande vitesse. Eric García, quant à lui, arrive en tête de l’indice d’intensité grâce à la plus grande distance totale parcourue par 90 minutes à ce poste.
Comment l’intensité varie selon les postes
Les classements par poste reflètent également des exigences physiques différentes. Les milieux de terrain centraux parcourent le plus de distance par 90 minutes dans cet échantillon, tandis que les ailiers et les arrières latéraux / ailiers de défense consacrent une plus grande part de leur distance à une vitesse supérieure à 20 km/h.
| Poste | Distance moyenne par 90 | Indice moyen | Part moyenne à 20 km/h et plus |
|---|---|---|---|
| Milieux centraux | 11,76 km | 18,28 | 9,3 % |
| Arrières latéraux / ailiers | 10,76 km | 16,57 | 11,2 % |
| Ailiers | 10,69 km | 16,47 | 11,1 % |
| Attaquants centraux | 10,33 km | 15,61 | 10,2 % |
| Défenseurs centraux | 9,99 km | 14,86 | 8,6 % |
Les défenseurs centraux affichent l’indice moyen le plus bas de l’échantillon, car ce poste exige moins d’intensité de course.

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L’intensité est-elle plus marquée chez les jeunes ?
Sur l’ensemble des 72 joueurs éligibles, l’âge moyen est de 25,2 ans au 30 mai 2026. Les 10 premiers du classement général de l’indice d’intensité sont nettement plus jeunes, avec une moyenne de 22,9 ans, soit un écart de 2,3 ans.
| Poste | Âge moyen du top 5 | Âge moyen par poste |
|---|---|---|
| Milieux de terrain centraux | 22,8 | 24,8 |
| Attaquants centraux | 24,0 | 26,0 |
| Ailiers | 23,6 | 24,5 |
| Arrières latéraux / ailiers défensifs | 24,6 | 25,2 |
| Défenseurs centraux | 26,2 | 25,5 |
La différence d’âge est la plus marquée chez les milieux centraux et les avant-centres, dont les cinq meilleurs joueurs sont environ deux ans plus jeunes que la moyenne de leur groupe de poste. Elle est moins importante chez les ailiers et les arrières latéraux / ailiers de défense, tandis que les défenseurs centraux constituent le seul groupe où les cinq meilleurs joueurs sont plus âgés que la moyenne de leur poste.
Ce que révèlent les données
Ce qui distingue principalement les joueurs en tête du classement, ce n’est pas tant une capacité exceptionnelle au sprint en soi. Les meilleurs scores sont obtenus par des joueurs qui combinent une charge de travail globale importante avec suffisamment de course dans les zones de vitesse élevée pour maintenir cette charge à un niveau exigeant tout au long du match.
Cela explique également pourquoi les milieux de terrain centraux occupent une place si importante en tête du classement. Leur avantage tient moins au fait d’afficher les chiffres les plus extrêmes en matière de vitesse maximale qu’à leur capacité à maintenir le plus grand volume de travail sur toute la plage de vitesses. Les ailiers et les arrières latéraux atteignent une intensité similaire d’une manière différente, avec une distance totale moindre mais une plus grande concentration de celle-ci à des vitesses plus élevées.
Plus généralement, l’intensité s’appréhende mieux comme un profil que comme une caractéristique physique isolée. La vitesse maximale montre de quoi un joueur est capable ; la répartition de ses courses montre dans quelle mesure il utilise réellement cette capacité sur 90 minutes.
Sources: Observatoire du football du CIES (répartition par zone de vitesse) ; statistiques de la Ligue des champions de l’UEFA (minutes, distance et vitesse maximale). Toutes les données de performance couvrent la même période de compétition. Les chiffres peuvent varier en fonction de la méthodologie utilisée par les fournisseurs ; tous les indicateurs dérivés sont le fruit des calculs de l’auteur. Les dates de naissance des joueurs ont été utilisées pour le calcul de l’âge au 30 mai 2026.