La saison sur route a à peine marqué une pause. Les championnats du monde du Rwanda se sont achevés dans des rues encore en ébullition, les maillots arc-en-ciel ont été fraîchement distribués et, avant même que les coureurs n’aient eu le temps de reprendre leur souffle, les Européens sont là. La France accueille, Loriol-sur-Drôme prépare le terrain, et mercredi, nous verrons les premiers maillots des Championnats d’Europe de cette année distribués dans la discipline qui est toujours brutalement honnête : le contre-la-montre.
Certains des grands noms du Rwanda n’ont pas fini de faire parler d’eux. Le maillot arc-en-ciel lui-même, Remco Evenepoel, s’aligne à nouveau, cherchant à ajouter une nouvelle ligne à un CV déjà ridicule pour quelqu’un de son âge. Et ce n’est pas la seule star : la France veut faire du bruit à domicile, les Suisses sont de retour avec leur combo double-Stefan, et les Néerlandais apportent quelques chevaux de bataille qui valent la peine d’être évoqués.
Petite leçon d’histoire

Les championnats d’Europe sont relativement jeunes, du moins en ce qui concerne l’élite. Ils existent depuis 1995, mais pendant des années, il s’agissait plutôt d’un événement de développement. Les U23 ont eu leur chance, les juniors sont arrivés en 2005, mais les grands n’ont eu leur chance qu’à partir de 2016. C’est comme si c’était hier, et pourtant la liste des vainqueurs ressemble déjà à une liste de spécialistes modernes du contre-la-montre.
Le contre-la-montre lui-même a démarré en 1997, mais il est resté sous l’égide des jeunes jusqu’en 2016. Depuis, il attire les grands coureurs désireux d’obtenir un maillot qui, sans être prestigieux comme celui de l’arc-en-ciel, a du poids. Et c’est important : les équipes le respectent, les fans le remarquent et les coureurs ne cachent pas vraiment qu’ils veulent que les étoiles et les rayures soient remplacées par des étoiles et du bleu foncé.
Regardez les dernières années dans la course masculine :
- 2024 : Edoardo Affini a enfin eu son grand moment.
- 2023 : Joshua Tarling, encore adolescent, écrase tout le monde.
- 2022 : Stefan Bissegger, monstre d’aérodynamisme.
- 2021 & 2020 : Stefan Küng, la régularité suisse à son apogée.
- 2019 : Remco Evenepoel, qui réécrit déjà les livres d’histoire de la Belgique.
- 2018 & 2017 : Victor Campenaerts, un autre puriste belge du TT.
- 2016 : Jonathan Castroviejo, le diesel espagnol.
Cette liste à elle seule montre que la course a du mordant.
Et il n’y a pas que les hommes. Les Néerlandaises ont dominé la course chez les femmes – les quatre victoires consécutives d’Ellen van Dijk en ont fait son terrain de jeu, et Anna van der Breggen a ajouté son nom au palmarès. Gagner cette compétition a toujours signifié quelque chose, et c’est encore le cas aujourd’hui.
Le parcours 2025 : Roulant, ouvert et venteux

Loriol-sur-Drôme n’a rien d’une capitale du cyclisme : c’est une ville française tranquille d’environ 7 000 habitants. Mais pour une journée, elle sera le centre du monde du contre-la-montre. Les hommes et les femmes s’attaquent au même parcours de 24 kilomètres. Ce parcours est court pour les professionnels, ce qui signifie que les erreurs sont amplifiées.
Voici la répartition :
- Départ : Les coureurs se dirigent vers l’est. La route monte doucement, rien d’insensé, mais suffisamment pour piquer si vous vous y prenez trop tôt.
- Grane (8 km) : Un virage à gauche, en direction du nord. C’est là que le rythme est important.
- Allex : Un coup de pied – 400 mètres à 6,6 %. Pas long, mais suffisamment raide pour vous faire sortir des barres aérodynamiques. Celui qui gérera le mieux cette transition pourra gagner du temps.
- Dernière ligne droite vers Étoile-sur-Rhône : Des routes larges et droites. Des vélos aérodynamiques à plein régime. Une dernière montée – 1 km à 5,2 % – avant la ligne d’arrivée. C’est sournoisement difficile. Si vous êtes à bout de souffle, cela se verra.
Pas de murs à la rwandaise ici, mais ne dites pas que c’est plat. C’est l’un de ces parcours qui ne vous permet pas de vous cacher.
Vérifier la météo
Nous sommes à la fin du mois de septembre en France – beau, mais délicat. Les prévisions annoncent 19°C, une température idéale. Le problème ? Le vent. Il vient du nord, assez fort pour être important. Et comme la course se dirige vers le nord sur une bonne partie de son parcours, il s’agit d’un vent de face sur la majeure partie du trajet.
Traduction : les coureurs purement diesel, ceux qui peuvent s’enfermer dans un rythme contre la résistance, vont faire la grimace. Les coureurs plus petits, qui se fient à leur cadence plutôt qu’au couple brut, risquent de trouver cela brutal. Les réglages aérodynamiques seront cruciaux. Il faut s’attendre à ce que certains coureurs jouent sur les rapports de vitesse pour extraire des watts de chaque coup de pédale.
Cotes ITT UEC 2025
| Coureur | Cotes |
|---|---|
| Remco Evenepoel | 1.90 |
| Filippo Ganna | 2.50 |
| Joshua Tarling | 7.00 |
| Ethan Hayter | 10.00 |
| Mads Pedersen | 21.00 |
| Stefan Küng | 50.00 |
| Mathias Vacek | 80.00 |
| Stefan Bissegger | 110.00 |
| Alec Segaert | 190.00 |
| Daan Hoole | 190.00 |
| Lorenzo Milesi | 190.00 |
| João Almeida | 210.00 |
| Bruno Armirail | 290.00 |
Programme
Les femmes donnent le coup d’envoi :
Départ : 12:10 PM local (06:10 AM EDT)
Arrivée : 13h40 locales (07h40 EDT)
Les hommes suivront plus tard :
Départ : 3:45 PM local (09:45 AM EDT)
Arrivée : 17h00 locales (11h00 EDT)
Ce n’est pas une longue journée de course, mais elle est bien remplie. Si vous clignez des yeux, vous manquerez quelqu’un qui se retrouvera sur la sellette.
Les favoris : Course des hommes
La liste de départ n’est pas encore définitive, mais nous en savons déjà assez pour parler des prétendants.

Le n°1 incontesté
Remco Evenepoel. Il n’y a aucun moyen d’y échapper. Il vient de pulvériser les championnats du monde au Rwanda – son troisième maillot arc-en-ciel consécutif – et il l’a fait de manière dominante. Rattraper Tadej Pogačar (parti avec 2:30 d’avance) était presque un manque de respect. Il est en forme, motivé, et la Belgique adore le TT européen. S’il ne gagne pas, ce sera un choc.
L’équipe locale
La France a toujours du flair. Cette année, il s’agit de Bruno Armirail (le nouveau moteur de Visma) et de Rémi Cavagna, qui porte toujours l’étiquette de “TGV de Clermont-Ferrand” pour une raison bien précise. Sur les routes nationales, avec la foule à leurs côtés, ils peuvent tous deux monter sur le podium si les jambes s’alignent.
Le bloc suisse
Double-Stefan à nouveau : Stefan Küng et Stefan Bissegger. La régularité de Küng est légendaire, mais il n’a pas été à la hauteur au Rwanda. Bissegger est toujours un joker – certains jours, il est intouchable, d’autres, il semble à plat. Les deux sont dangereux ici, surtout avec la puissance nécessaire pour les sections de vent de face.
La vague britannique
Le pipeline britannique continue de produire. Joshua Tarling est le plus évident : champion d’Europe en 2023 à seulement 19 ans, il est déjà l’un des meilleurs spécialistes du peloton. Ethan Hayter se joint également à l’équipe, bien qu’il soit plus polyvalent. Tarling, cependant, pourrait facilement lutter contre Evenepoel pour l’or.
Italie et Portugal
Filippo Ganna n’a pas participé au Rwanda, mais il ne faut pas l’oublier. Le TT est plus court que ce qu’il aimerait, mais sa puissance brute est effrayante. S’il est frais, il peut monter sur le podium au minimum.
Le Portugal aligne Nelson Oliveira et João Almeida. Almeida est certainement un outsider, mais ne sous-estimez pas son intelligence de l’allure – il peut limiter les pertes et pourrait surprendre.
Le joker du Danemark
Mads Pedersen. Ce n’est pas un TT évident, mais il l’a dit lui-même : “ma seule chance” Pedersen a cette mentalité de bouledogue. Il souffrira jusqu’au bout, et si les conditions deviennent difficiles, son courage pourrait le propulser plus haut que prévu.
Les munitions supplémentaires de la Belgique
Evenepoel est l’arme principale, mais ne négligez pas Alec Segaert. Il est encore jeune, très puissant et affamé. La Belgique pourrait bien avoir deux coureurs sur le podium.
Les outsiders néerlandais
L’entraîneur Koos Moerenhout a apporté un mélange amusant : Daan Hoole – qui a surpris tout le monde avec sa victoire dans l’ITT du Giro cette année – et Dylan van Baarle, le champion des Pays-Bas en 2018. Van Baarle n’est plus un pur TT, mais sur un parcours roulant comme celui-ci, avec un coup de pied à la fin, il est la définition d’un outsider dangereux.
À quoi s’attendre
Il ne s’agit pas d’une partie d’échecs tactique, mais d’un homme contre la montre. Le parcours est court, le vent est réel et les erreurs seront punies brutalement. Attendez-vous à des trous. Pas à la manière du Rwanda, mais suffisamment pour que les gros moteurs soient clairement séparés des autres.
Mon intuition ? Remco gagne, Tarling le pousse plus près qu’on ne le pense, et Ganna ou Küng se rapproche des médailles. La France pourrait surprendre, cependant – Cavagna aime le public. Et surveillez Hoole. Il est brut, mais c’est parfois ce qui rend les coureurs intrépides.
Quoi qu’il en soit, mercredi soir, quelqu’un enfilera le maillot bleu foncé, et ce ne sera pas par hasard.