Lorsque la saison 2025 s’achèvera, ce ne sera pas seulement une autre année de course qui se terminera. Quarante coureurs raccrochent leurs roues, marquant la fin d’une génération qui a défini le cyclisme moderne. De Geraint Thomas à Romain Bardet, ces athlètes ont traversé deux décennies, des centaines de victoires et d’innombrables heures de travail non télévisé pour les autres.
Il ne s’agit pas d’une simple liste de départs à la retraite, mais de l’adieu collectif d’une génération qui a fait passer le sport de gains marginaux à un spectacle basé sur des données, sans perdre son humanité.
Les noms à la une
Geraint Thomas
L’homme de tous les jours qui a conquis le Tour. Sa victoire au Tour de France 2018 est l’aboutissement d’années passées au service des autres. Il reste le dernier pont vivant entre la machine Sky et l’éthique moderne d’INEOS

Romain Bardet
Le grimpeur romantique qui a porté l’espoir de la France. Ses descentes étaient de l’art, ses interviews de la poésie. Sa retraite en 2025 marque la fin du chapitre le plus émouvant du cyclisme français moderne

Caleb Ewan
Vitesse, chaos et silence soudain. À son apogée, il était inarrêtable, remportant des étapes dans tous les grands tours avant qu’une chute ne vienne briser son élan. Sa retraite à 30 ans en a laissé plus d’un incrédule
Louis Meintjes
Le métronome silencieux de l’Afrique. La constance a défini sa carrière, terminant cinq fois dans les dix premiers du Tour, sans théâtralité ni controverse
Alexander Kristoff
Le dernier des purs et durs de la vieille école. Un sprinteur capable de survivre aux Flandres, un spécialiste des classiques capable de remporter des sprints massifs. Sa retraite marque la fin d’une époque pour les gladiateurs des pavés européens

Michael Woods
Le coureur qui est devenu un poète sur deux roues. Sa vulnérabilité et son honnêteté dans la défaite lui ont valu l’admiration. Il s’en va comme le conteur le plus humain que le peloton ait jamais produit

Rafal Majka
Le parfait lieutenant de montagne. Son partenariat avec Tadej Pogacar a fait de lui une légende de l’abnégation, l’ombre silencieuse qui accompagne les meilleurs coureurs du monde dans les ascensions alpines

Arnaud Demare
La référence française en matière de sprint. Il a remporté le Milano-Sanremo 2016, a dominé le classement par points du Giro à deux reprises et a accumulé près d’une centaine de victoires professionnelles
Elia Viviani
La star de la piste qui a battu les sprinters à leur propre jeu. Sa précision et ses performances cliniques sur route ont défini la vitesse italienne pour une génération
Alessandro De Marchi
Le romantique de la route. Les fans l’adoraient pour sa persévérance et son courage, poursuivant l’impossible sans calcul
Les fidèles lieutenants et les héros méconnus
Au-delà des têtes d’affiche, 2025 met également un terme à la carrière de ceux qui ont bâti leur réputation dans le service. **INEOS** perd le cœur tranquille de sa machine : alvatore Puccio, Jonathan Castroviejo et Omar Fraile. Tim Declercq, “le Tracteur”, quitte Lidl-Trek après une décennie de broyage désintéressé. Pieter Serry prend sa retraite en tant qu’ultime colleur de Quick-Step – zéro victoire personnelle, un respect infini.
La France fait ses adieux à ses infatigables attaquants : Anthony Perez, Anthony Delaplace et Geoffrey Bouchard. Adrien Petit, marqué par une chute à Roubaix qui a failli mettre fin à sa carrière, tire sa révérence en tant qu’incarnation du courage nordique.
En Italie, Gianluca Brambilla et Simone Petilli s’éteignent comme deux des plus grands survivants du peloton, tous deux revenus de blessures dévastatrices simplement pour continuer à courir.
Les presque hommes et les adieux précoces
Le groupe suivant est marqué par un autre type d’histoire, celle d’une interruption potentielle. Pierre Latour, ancien vainqueur du Tour en maillot blanc, n’a jamais surmonté la peur de la descente qui a suivi une série de chutes. Ide Schelling, l’attaquant néerlandais toujours souriant qui a illuminé le Tour 2021, a disparu du peloton après avoir lutté contre des problèmes de santé mentale. Unai Zubeldia, à peine âgé de 22 ans, s’est retiré en raison de complications liées à un long COVID, tandis que la carrière de Lars van den Berg s’est arrêtée à 26 ans à la suite d’une opération de l’artère iliaque.
Par ailleurs, Ryan Gibbons est le coureur professionnel le plus polyvalent d’Afrique du Sud ; Jonas Koch et Loic Vliegen sont des lieutenants fiables dans les classiques ; Martijn Budding est le héros culte des Unibet Rockets, nés sur YouTube ; et Eddy Fine, ancien champion de France des moins de 23 ans, quitte le peloton à 27 ans en invoquant l’épuisement professionnel.
La classe 2025 est complétée par une poignée de figures familières dont les départs ne feront peut-être pas les gros titres, mais qui marquent tout de même la fin d’une longue et laborieuse carrière. Daniel McLay, Giacomo Nizzolo, Nans Peters et Tosh van der Sande tirent leur révérence aux côtés des pros chevronnés Kristian Sbaragli, Jimmy Janssens et Victor de la Parte, complétant ainsi la quarantaine de noms dont les départs remodèlent discrètement le peloton professionnel.
Une vue d’ensemble
Si l’on additionne tous ces noms, la classe 2025 compte plus de 500 victoires professionnelles, qu’il s’agisse de Monuments, de Grands Tours ou de titres nationaux. Plus important encore, ils retracent l’évolution du cyclisme, de l’analogique à l’algorithmique. Ce qui les unit, ce n’est pas leur palmarès, mais leur humanité – des coureurs façonnés autant par les chutes et les retours que par les podiums.
Le peloton sera très différent au printemps prochain : plus rapide, plus jeune, plus scientifique. Mais lorsque ces quarante vétérans quittent la scène, ils laissent derrière eux quelque chose de moins mesurable : l’art, la camaraderie et la résilience tranquille qui ont fait de la course sur route ce qu’elle est.
On ne se souviendra pas seulement de la classe 2025 pour le nombre de victoires qu’elle a remportées, mais aussi pour les sentiments qu’elle a fait naître dans le sport.