Tadej Pogacar et Mathieu van der Poel abordent la course de dimanche avec des ambitions contrastées. Pogacar, le champion du monde, peut compléter le grand chelem des monuments cyclistes avec une victoire – rejoignant ainsi Rik Van Looy, Eddy Merckx et Roger De Vlaeminck dans ce club exclusif. Van der Poel vise une quatrième victoire à Roubaix, qui égalerait le record détenu par De Vlaeminck et Tom Boonen.
L’édition 2025 a offert un prologue parfait. Van der Poel a remporté sa troisième victoire consécutive après la chute de Pogacar dans le secteur du Pont-Thibault à Ennevelin, quelques instants après avoir lancé une attaque décisive. La glissade a coûté au Slovène ce qui semblait être un coup gagnant. Pogacar a terminé deuxième, un début amer qui alimente désormais son retour.
La course de 2025 : récapitulatif
Le chaos de l’année dernière s’est déroulé sur 259,2 kilomètres. Huit échappés, dont Abram Stockman, Jasper De Buyst et Oier Lazkano, ont donnéle ton avant que le peloton ne reprenne le contrôle dans les secteurs pavés. Mads Pedersen et Pogacar ont sondé le terrain en premier, mais Van der Poel a porté le coup décisif avec deux accélérations fulgurantes à la sortie des pavés.
Un groupe de tête de cinq personnes se forme : Van der Poel, Pogacar, Pedersen, Jasper Philipsen et Stefan Bissegger. Wout van Aert de Visma | Lease a Bike s’est lancé à la poursuite du groupe mais n’a jamais réussi à combler l’écart. La course s’est encore fracturée lorsque Pedersen a crevé alors qu’il faisait la jonction avec Pogacar dans le secteur de Tilloy à Sars-et-Rosières.
Van der Poel s’est accroché à la roue de Pogacar, refusant de prendre des tours alors que Philipsen était à l’affût. Le sprinteur belge réussit une dernière accélération à Mons-en-Pévèle, mais s’épuise dans l’effort. C’est alors que survient la glissade : Pogacar manque un virage à droite près d’Ennevelin, tombe dans le fossé et perd vingt secondes à récupérer sa chaîne. Van der Poel, qui a pris le virage avec plus d’acuité, a profité de l’occasion pour rouler seul jusqu’au vélodrome, qu’il a franchi avec plus d’une minute d’avance.
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Conception du parcours : Densité précoce, sélection tardive
Le parcours de 2026 s’étend sur 259,2 kilomètres de Compiègne à Roubaix, soit 900 mètres de moins qu’en 2025. L’organisateur ASO a repris le tracé de 2024 près de Briastre, en le déplaçant vers l’est pour créer une densité de pavés sans précédent. Les quatre premiers secteurs se suivent désormais avec un minimum d’asphalte entre eux.
Le secteur 26 – une montée de pavés rarement utilisée qui s’étend sur 800 mètres – rejoint la phase d’ouverture. Le concepteur du parcours , Thierry Gouvenou, a expliqué que cela visait à permettre une sélection précoce. Alpecin-Deceuninck avait déjà déchiré le peloton dans cette zone il y a deux ans.
Les 95,8 premiers kilomètres restent pavés. Le secteur trois étoiles de Troisvilles à Inchy rompt le silence. Quiévy à Saint-Python (quatre étoiles) impose le respect. Mais le véritable creuset arrive à la Trouée d’Arenberg, la Forêt de Wallers –2 300 mètres de carnage et d’os brisés.
L’année dernière, ASO a introduit une modification de sécurité : quatre virages à angle droit avant la forêt réduisent la vitesse d’approche et atténuent le chaos. Après ce champ de bataille, dix-huit autres secteurs pavés attendent, dont les passages cinq étoiles de Mons-en-Pévèle (à 50 kilomètres de l’arrivée) et du Carrefour de l’Arbre (17 kilomètres avant le vélodrome). Les derniers secteurs – Gruson, Hem et Roubaix – mènentà l’historique Vélodrome de Roubaix, où les vainqueurs effectuent un tour et demi vers l’immortalité.
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Les favoris : Un peloton bien garni
Pogacar se présente comme un favori avide de revanche malgré l’imprévisibilité du parcours. Son équipe UAE Emirates XRG dispose d’un formidable soutien : Nils Politt compte deux podiums à Roubaix, tandis que Florian Vermeersch offre une option de leader dans l’ombre en cas de chaos dans le peloton. Pogacar a terminé deuxième à ses débuts l’année dernière ; ce retour est plus marqué.

Van der Poel devrait se classer en tête des favoris sur la base de ses références. Trois victoires consécutives à Roubaix, un meilleur maniement du vélo et une forme printanière suggèrent une domination, mais Pogacar l’a surpassé dans les deux derniers monuments. Jasper Philipsen, le coéquipier du Néerlandais chez Alpecin-Premier Tech, offre une profondeur tactique ; le Belge a prouvé ses compétences en matière de classiques en terminant deuxième en 2023 et 2024.

Wout van Aert désigne explicitement Paris-Roubaix comme sa course de rêve. Le coureur de Visma | Lease a Bike convient aux exigences du parcours, qui demande un effort puissant et soutenu plutôt que de l’explosivité. Il est monté sur le podium en 2022 (2e) et 2023 (3e) mais a connu une malchance récurrente. Avec Christophe Laporte et Per Strand Hagenes en soutien, Van Aert a de réelles chances de gagner.

Mads Pedersen a souvent battu Van Aert au vélodrome ces dernières années. Le Danois de Lidl-Trek a chuté lors du Tour de Valence, ce qui a fait dérailler les préparatifs de printemps. Il s’est classé dans les dix premiers lors des principales courses de printemps, mais n’a pas encore véritablement disputé la victoire. Ses antécédents suggèrent qu’il fera surface près de l’arrivée.

Filippo Ganna mérite l’attention en tant qu’outsider légitime. Le spécialiste du contre-la-montre des INEOS Grenadiers a poursuivi Roubaix pendant des années, s’est préparé méticuleusement et a sacrifié sa concentration sur le Tour pour atteindre son apogée ici. Lorsque les superstars attirent tous les regards, les outsiders prospèrent – JohanVansummeren (2011), Matthew Hayman (2016) et Sonny Colbrelli (2021) ont prouvé qu’il était toujours possible de remporter des victoires inattendues.
Les favoris secondaires comprennent les anciens vainqueurs Dylan van Baarle (Soudal Quick-Step) et John Degenkolb (Picnic PostNL), ainsi que des rouleurs dangereux comme Stefan Bissegger, Alec Segaert et Matej Mohoric (Bahrain Victorious). Les frères van Dijke, Mick et Tim, se sont montrés prometteurs il y a deux ans ; Red Bull-BORA-hansgrohe présente Gianni Vermeersch, Laurence Pithie et Jordi Meeus comme armes d’échappée. La participation de Remco Evenepoel reste incertaine après ses excellents débuts au Tour des Flandres.
Conditions du parcours et dynamique de la course
La journée de dimanche s’annonce sèche, avec une bruine matinale qui se dissipera à la mi-journée. Les températures atteindront 20 degrés Celsius ; les vents d’est de 3-4 Beaufort offriront un avantage marginal. Le vélodrome sec élimine une variable majeure qui façonne les moments dramatiques.
L’édition 2026 marque le changement de nom officiel de la course, qui devient Paris-Roubaix Hauts-de-France. Pour la première fois, les quatre catégories – Juniors, U23, Hommes et Femmes – termineront sur le vélodrome le dimanche 12 avril.
Il ne s’agit pas d’une course à l’issue prévisible. La frontière entre l’héroïsme et le désastre est très mince sur ces 259 kilomètres. Les chutes, les crevaisons et les pannes mécaniques guettent à chaque secteur. La malchance s’abat sur les favoris, tandis que les outsiders s’emparent des opportunités. Pogacar arrive avec la volonté de réécrire l’histoire de l’année dernière, tandis que Van der Poel défend son trône contre le poids de l’histoire elle-même.
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