Nous avons tous vu ce que Gian Piero Gasperini a accompli à l’Atalanta ( ) – un chef-d’œuvre de football qui a redéfini ce qui est possible pour un club en dehors de l’élite traditionnelle de la Serie A. Il a transformé une équipe provinciale en un club européen. Transformer une équipe provinciale en un prétendant à l’Europe n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’une vision, d’une cohérence et d’une philosophie tactique sans compromis.
Les références de Gasperini ne font aucun doute. Pilier des meilleurs entraîneurs italiens depuis plus de dix ans, il a posé les bases de son approche bien avant son miracle bergamasque, notamment au Genoa. En Ligurie, l’argent n’était pas l’objectif. Ce qui comptait, c’était le développement des joueurs, l’identité tactique et la création de valeur. Et il a tenu ses promesses, à plusieurs reprises.
Du Genoa à la gloire
Au Genoa, Gasperini a construit un système qui a transformé le potentiel brut en actifs vendables, aidant le club à générer des revenus et à réinvestir intelligemment. À l’Atalanta, avec Giovanni Sartori comme directeur sportif, il a transformé ce modèle en machine. Les résultats ? Des joueurs comme Roberto Gagliardini et Bryan Cristante ont atteint leur apogée sous sa direction, alors qu’ils ont connu des difficultés dans d’autres domaines.
L’architecte des talents
Appelez-le comme vous voulez – créateur de talents, visionnaire tactique, gestionnaire de système – le fait est que Gasperini élève les joueurs et les équipes. Aujourd’hui, il est chargé de le faire dans la cocotte-minute du football qu’est l’AS Rome. Mais Rome n’est pas Bergame. Ici, la patience n’est pas de mise et les attentes sont démesurées. Ce qui nous amène à la question brûlante : peut-il reproduire le modèle de l’Atalanta à la Roma ?
L’énigme de la capitale
En théorie ? Bien sûr. En pratique ? C’est compliqué. Rome a toujours dévoré les bonnes idées avant qu’elles ne mûrissent. On pense notamment au passage de Luis Enrique, un innovateur tactique qui a souffert de l’indécision du conseil d’administration et du manque de soutien institutionnel. Sa Roma présentait une défense qui incluait Rodrigo Taddei au poste d’arrière latéral – n’en parlons plus.
Aujourd’hui, Gasperini arrive avec des idées tout aussi nobles et des conditions tout aussi fragiles. La présaison a commencé sans aucun recrutement confirmé. Ce n’est pas l’idéal pour un entraîneur dont le style exigeant et dynamique nécessite une préparation physique et tactique immédiate.
Des renforts clés toujours en attente
Gasperini a identifié deux secteurs prioritaires : l’arrière droit et le milieu de terrain. Wesley (Flamengo) et Richard Rios (Palmeiras) sont ses cibles. En attaque, Evan Ferguson est le principal candidat au poste d’attaquant, un jeune talent avec du potentiel, mais qui a besoin d’un nouveau départ après une période difficile.
Par ailleurs, Paulo Dybala et Lorenzo Pellegrini doivent être revitalisés. Dybala reste un faiseur de différence de classe mondiale lorsqu’il est en forme. Pellegrini est toujours blessé, ce qui rend son impact en début de saison incertain. Les contraintes du fair-play financier signifient que des dépenses seront nécessaires pour financer les nouveaux arrivants – un équilibre délicat à trouver sans affaiblir l’équipe.
Le soutenir ou le casser
Le temps presse pour Ricky Massara et Claudio Ranieri. Une fois l’équipe formée, les projecteurs se tourneront vers Gasperini. Mais le conseil d’administration doit lui donner ce qui lui a manqué dans les projets ratés du passé : un soutien sans faille. Même si les premiers résultats vacillent. Même si un joueur vedette s’oppose à ses méthodes.
L’Atalanta l’a soutenu contre vents et marées, même en cas de conflit interne avec des personnalités comme Papu Gómez. La Roma doit faire de même. Car Gasperini n’est pas seulement un entraîneur, c’est un système, une idéologie footballistique. Mais sans soutien structurel, même les meilleures idées s’effondrent.
Le verdict
Si la hiérarchie du club se met au diapason, Gasperini peut faire de l’AS Roma un véritable prétendant au top 4. Mais pour cela, il faut d’abord lui donner les moyens – et le temps – de construire. Rome ne s’est pas construite en un jour. Mais Gasperini pourrait bien être l’architecte qui posera enfin les bonnes fondations.


